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De la contrainte géographique à l’influence : les choix stratégiques de l’Algérie

L’encerclement d’un État ne se réduit pas à la présence de forces à ses frontières. Il peut aussi résulter de pressions simultanées : instabilité frontalière, tensions régionales, rivalités d’influence, difficultés économiques, campagnes informationnelles, isolement diplomatique, fluctuations des marchés ou compétition autour de l’énergie et des voies commerciales. Le risque tient alors à la combinaison de ces facteurs. L’analyse proposée estime que l’Algérie doit moins chercher une issue unique que renforcer sa capacité à rendre les pressions moins efficaces.

Cette démarche commencerait par le renforcement intérieur. Plutôt que de disperser ses ressources dans des réactions successives, l’État pourrait faire des défis un levier pour consolider ses institutions et sa résilience économique. Dans les crises contemporaines, la sécurité, l’économie, l’énergie, la technologie, l’éducation et la sécurité de l’information sont étroitement liées. Une approche intégrée rendrait plus difficile l’exploitation des failles entre institutions.

Sur le plan économique, il ne s’agit pas d’abandonner les hydrocarbures, mais de les utiliser comme levier de transition vers une économie moins dépendante d’une seule source de revenus extérieurs. L’article rappelle que la Banque mondiale recommande d’accélérer la diversification, d’améliorer la productivité et d’accroître les exportations hors hydrocarbures. Celles-ci ont été multipliées depuis 2017, indique-t-il, mais leur part dans le PIB et les exportations reste limitée. L’objectif serait donc de diversifier non seulement les exportations, mais aussi les sources de puissance, notamment par l’industrie, la sécurité alimentaire, les médicaments, le numérique, l’intelligence artificielle, la logistique, l’économie maritime, les énergies renouvelables et les technologies à forte valeur ajoutée.

L’analyse préconise également une cartographie des dépendances stratégiques. Celle-ci recenserait les technologies, matières premières, denrées alimentaires, médicaments, composants industriels, logiciels et chaînes d’approvisionnement dont la dépendance extérieure pourrait devenir un point de pression. Pour chaque élément critique, trois voies de rechange sont proposées : production locale, diversification des fournisseurs et solution technologique ou fonctionnelle de substitution.

Dans le domaine numérique, les données sont présentées comme un moyen de mieux comprendre la société, les marchés, l’économie et leurs vulnérabilités. La souveraineté numérique ne se limiterait pas à protéger les serveurs publics : elle supposerait de produire, stocker, analyser et sécuriser les données, puis de les convertir en connaissances utiles à la décision. L’idée d’un bouclier national pour les données stratégiques s’accompagnerait du développement de l’intelligence artificielle et de l’analyse prospective, sans isoler l’Algérie du monde numérique.

Le texte recommande aussi de tester régulièrement la résilience nationale au moyen de simulations. Les scénarios pourraient inclure la panne d’un réseau financier, la hausse mondiale des prix alimentaires, une rupture d’approvisionnement, une attaque contre une infrastructure numérique, des pressions sur le secteur énergétique, une campagne de désinformation ou la simultanéité d’une crise diplomatique et d’une crise économique. Le but serait de repérer les points de rupture avant qu’une crise ne les révèle.

L’Algérie ne peut modifier sa position géographique, mais elle peut, selon cette approche, en transformer la valeur stratégique. Les frontières pourraient devenir des espaces d’échanges grâce aux ports, routes, voies ferrées, commerces, réseaux énergétiques et de communication, investissements, zones industrielles, échanges universitaires et dispositifs de sécurité frontalière. Des intérêts partagés feraient davantage dépendre la stabilité de la région de celle de l’Algérie. Le Sahel, lui aussi, ne serait pas seulement une source de menaces : il pourrait accueillir des partenariats sécuritaires, des projets de développement, des réseaux de transport, des coopérations universitaires, énergétiques et commerciales, ainsi que des actions contre la criminalité organisée et des initiatives diplomatiques.

À l’international, l’article privilégie un vaste réseau de relations avec l’Europe, l’Afrique, l’Asie, le monde arabe, les puissances émergentes, les pays de taille moyenne, les organisations multilatérales, les entreprises et les universités, plutôt qu’une dépendance envers une seule puissance. Il propose aussi de relier les dimensions politiques, économiques, commerciales, sécuritaires, universitaires et de transport des relations avec les partenaires, afin de les ancrer dans des intérêts multiples.

Le texte estime par ailleurs que l’Algérie doit produire ses propres connaissances sur son environnement. Des centres de réflexion et d’études africaines, des dispositifs de veille géopolitique, l’analyse de données et de scénarios, des réseaux universitaires et des formes de diplomatie scientifique et culturelle pourraient y contribuer. Sans expertise propre, un État risque de dépendre des analyses produites par d’autres à son sujet.

Face aux provocations, l’analyse met en garde contre les réactions automatiques, susceptibles d’épuiser les ressources et de laisser des acteurs extérieurs dicter le rythme. Elle préconise une réponse graduée : vérification, maîtrise de la situation, pression diplomatique, démarches juridiques, mobilisation de partenaires et mesures économiques adaptées. Les moyens de dissuasion ne seraient envisagés qu’en cas de nécessité, dans le respect du droit international, de la Constitution et des lois nationales.

La conclusion défendue est qu’une plus grande résilience intérieure, la diversification des dépendances, des liens renforcés avec l’Afrique et la Méditerranée, des réseaux internationaux, la souveraineté numérique et une économie productive pourraient faire passer l’Algérie d’une position exposée aux pressions à une capacité accrue d’influence. Il ne s’agit pas de rechercher l’affrontement, mais d’augmenter le coût d’une tentative d’isolement en disposant de plusieurs options pour les marchés, les partenariats, les ressources, l’information et les instruments de puissance.